Lenou Sonia Yacine, fondatrice de la société coopérative Féïfê (Socofe): Le défi de transformer le secteur vivrier pour le bien des femmes

04 September 2019 By Marius Nouza / accelerateurafricain

Elle rêvait de travailler à Sucrivoire tout comme son père, mais c’est l’univers du vivrier dans lequel elle a grandi grâce à sa mère qui finira par prendre le dessus dans son orientation professionnelle. Aujourd’hui, Tien Lenou Sonia, fondatrice de la coopérative Féïfê se bat pour donner une image plus moderne au secteur du vivrier à travers la réorganisation de la distribution, la transformation des produits, la lutte contre la pauvreté et la promotion de l’entrepreneuriat.


Après l’obtention du brevet de technicien supérieur (Bts) au groupe CBCG de Treichville en ressources humaines, Lenou Sonia atterrit à Sucrivoire pour un stage qui ne durera que trois mois. Elle se retrouve par la suite à la maison et sa mère, Ouattara Ramata, fondatrice de la Coopérative des producteurs de vivriers d’Abidjan (Coprova), l’encouragera à venir travailler avec elle en attendant d’avoir mieux. Ce qu’elle accepte de faire. Ce n’est pas la première fois que Lenou est au contact avec le secteur du vivrier puisque par le passé, pendant les vacances scolaires, elle venait se faire un peu d’argent en vendant du vivrier. Mais cette fois-ci, sans le savoir, elle embarquait dans une aventure déterminante pour sa carrière professionnelle. Petit à petit, elle prend goût à l’univers du vivrier. Et lorsqu’elle obtient deux ans plus tard son diplôme d’ingénieur en ressources humaines au cours Castaing du Plateau, elle décide de s’installer définitivement dans ce secteur auprès de sa mère au sein de sa coopérative d’abord en tant que commerciale, puis deuxième secrétaire. Entre 2011 et 2012, elle est recrutée par le Réseau de développement de la production vivrière en Côte d’Ivoire (Redeprovici) en tant que directrice, puis gravit les échelons pour devenir vice-présidente. Après un an au service de cette coopérative, elle est rappelée en 2012 par Coprova, devenue entre-temps l’Union des sociétés coopératives vivrières actives (Unicovia). Elle y restera un an avant de créer sa propre structure en 2014, la société coopérative Féïfê (Socofe), inspirée qu’elle est par un paradoxe dans le milieu du vivrier.

Marquée par un paradoxe

En trois ans d’activités au service de coopératives, Lenou a le temps d’aimer le secteur mais également de remarquer ses contradictions les plus choquantes. Les femmes sont assises sur une mine d’or, mais la plupart d’entre elles vivent dans la précarité et ne cessent de tirer au quotidien le diable par la queue en dépit du caractère social des activités des coopératives. En effet, les produits vivriers sont prêtés aux femmes. Quitte à elles de les écouler et de rembourser le montant équivalent à la valeur des produits tout en gardant les bénéfices réalisées. « La principale difficulté de ces femmes, c’est que les produits sont périssables. Donc elles vendent, mais ne gagnent pas grand-chose à cause des pertes » explique Tien Lenou. Cette situation la peinait beaucoup, surtout que ces femmes, qui sont pour la plupart veuves ou sans soutien marital devaient obligatoirement rembourser la valeur des marchandises quand bien même elles faisaient des pertes. « C’est cette situation qui m’a inspirée. et je me suis dit que la solution se trouvait certainement dans la réorganisation des circuits de distribution mais surtout dans la transformation. » Ainsi, en octobre 2014, Lenou met en place la structure Socofe pour améliorer la redistribution des produits vivriers sur les marchés d’Abidjan afin d’éviter le pourrissement des produits sur les différents marchés d’Adjamé, d’Abobo et de Yopougon (qui sont les trois grandes zones de déchargement à Abidjan) pendant qu’il y a pénurie au marché de Koumassi, de Marcory, Treichville ou Port-bouet. Pour elle, cet objectif est simple à réaliser. Disposant du marché de sa mère et de trois jours de déchargement de marchandises dans la semaine, elle arrive à son modeste niveau à approvisionner tant bien que mal tous les marchés d’Abidjan même si elle est consciente que sa seule capacité de distribution ne peut suffire. A travers sa coopérative, elle veut également apporter une plus-value à ce secteur en transformant la plupart des produits périssables pour rendre les produits disponibles en toute saison mais sous d’autres formes. Elle commencera par la transformation du manioc en pâte de placali et la production de gari en 2017.Lire la suite